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Pauline Bourque – Lettre aux artistes

 

le 18 avril 2016

Chèr-e-s artistes professionnel-le-s,

 

Le Jeudi 7 avril 2016, accompagnées d’artistes professionnel-le-s de toutes les cultures, j’ai rencontré le ministre Bill Fraser pour discuter des coupes drastiques qui frappent actuellement le Conseil des arts du NB (ArtsNB). Il était accompagné de sa sous-ministre, deux de ses directeurs ainsi que d’une députée de la région de Moncton. La rencontre a été courtoise et chacun a pu échanger sur les doléances et sur les solutions possibles pour sortir ArtsNB de l’imbroglio dans lequel  il se trouve présentement. La réunion qui devait durer une heure s’est étendue sur trois heures. Le ministre a confirmé qu’il n’allait pas revenir sur les coupes de 400 000$ au budget administratif de  ArtsNB qui est prévu sur deux ans. Un premier 200 000$ a été retiré en avril 2016 et le deuxième 200 000$ sera retiré en avril 2017.  Le ministre a ensuite montré clairement les changements qu’ils vont apporter à la loi sur le Conseil des arts pour solidifier son indépendance. Le ministre nous demande de lui faire confiance.

En revenant de Fredericton, j’ai eu deux heures de route pour réfléchir à tout ce qui s’était passé pendant la réunion et pour arriver à la conclusion qu’au lieu d’être rassurée, comme le souhaite le ministre, j’étais davantage alarmée, et ce pour les raisons suivantes:

La nouvelle loi sur le Conseil des arts que nous propose le ministre est correcte, le langage est plus clair, on connaît mieux les responsabilités de chacun. En revanche, les coupes de 400 000$ au budget administratif de  ArtsNB font en sorte que dans un an, il n’y aura pas suffisamment de fonds dans les coffrets de l’organisme pour mettre en opération ladite loi. C’est comme si le gouvernement donnait aux artistes professionnel-le-s une voiture de luxe sans volant pour la conduire. Ce même gouvernement nous demande de leur faire confiance. Doit-on leur faire confiance?

En me préparant pour la rencontre avec le ministre, j’ai trouvé des documents intéressants. L’un d’entre eux faisait l’historique de la Loi sur les loteries du Nouveau-Brunswick (The Lottery Trust Fund Act). En 1993, cette loi garantissait 400 000$ au Conseil des arts. En 1997, la loi a été modifiée et on a augmenté le montant de fonds garantis au Conseil des arts à 700 000$. Cela garantissait que le gouvernement ne pouvait pas donner moins que ce montant là, mais, pouvait l’augmenter. En 2008, le gouvernement libéral a changé la loi et a enlevé la garantie sans avertir ni consulter  personne. Il peut alors donner moins comme il peut donner plus. Doit-on leur faire confiance?

Si on revient sur l’historique, on va se rappeler qu’en 1989, le premier conseil des arts a été créé suite à la demande des artistes professionnel-le-s de toutes les cultures lors d’un grand Forum sur les arts en 1987. Il n’était pas autonome. Lors d’un autre grand rassemblement en 1995, ces mêmes artistes  de toutes les cultures ont crié haut et fort qu’ils voulaient que leur Conseil des arts soit autonome. Il est devenu indépendant en novembre 1999. Toutes ces nouvelles mesures ont été prises en consultant la communauté artistique. En 2016, le gouvernement libéral, sans consulter la communauté artistique, veut donner une loi qui renforce l’autonomie du Conseil des arts, mais lui coupe les moyens d’opérer de façon indépendante. En lui coupant 200 000$ par année sur deux ans, il ne lui restera  que 141 000$ des 541 000$ nécessaires pour remplir son mandat. C’est impossible. Ce geste du gouvernement fait réfléchir. Est-ce une façon pernicieuse de ramener le Conseil des arts dans le giron du gouvernement? Dans l’affirmative, ce serait ramener le Conseil des arts et le développement des arts 30 ans en arrière. Doit-on faire confiance?

Depuis sa création comme organisme autonome en 1999, le Conseil des arts du NB n’a jamais été privilégié par les largesses du gouvernement. Certes, il y a eu de nouveaux fonds d’injectés au débout des années 2000 avec l’adoption de la politique culturelle. Et, en 2006, le gouvernement de Bernard Lord a injecté 1 000 000$ de nouveaux fonds dans les arts et la culture avec la promesse d’une augmentation pendant les deux années subséquentes.  De ce premier million de dollars, le Conseil des arts a reçu la somme de 75 000$ seulement. Le gouvernement Lord a été défait en 2006. C’est seulement huit années plus tard, en 2013-2014 que le Conseil des arts a reçu 200 000$ de nouveaux fonds venant de la révision de la politique culturelle. Même chose pour l’année 2014-2015, recevant, somme toute, 400 000$ de nouveaux fonds. Et voilà que seulement une année plus tard, le gouvernement libéral annonce des coupes de 400 000$ sur deux ans. On donne et on reprend sans vergogne. Doit-on encore faire confiance?

Depuis quelques mois, le gouvernement du NB, avec la complicité des organismes de représentation des artistes professionnel-le-s, font miroiter l’adoption d’une loi sur le statut de l’artiste. Je m’interroge. Est-ce que la province du Nouveau-Brunswick a les compétences législatives pour  légiférer les droits et privilèges que les artistes professionnel-le-s ont besoin pour mener une carrière satisfaisante et d’avoir une retraite confortable dans cette province? Ou est-ce que cette nouvelle loi sera encore un bel emballage avec de la poudre miroitante à l’intérieur?

Ami-es artistes professionnel-le-s, si vous n’êtes pas d’accord avec les nouvelles mesures du gouvernement, il faut l’exprimer haut et fort. Car, ne rien dire, va l’encourager à adopter d’autres mesures qui pourraient avoir un impact néfaste sur d’autres secteurs qui affectent notre vie de tous les jours.

 

Pauline Bourque