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Résidence au CNIMA J. Mornet – Jesse Mea

 

le 30 mai 2017

La découverte

Je ne sais pas ce qui m’a attiré, mais je me suis acheté un accordéon pour la première fois il y a presque vingt ans. J’ai acheté un accordéon usagé en me disant que j’avais enfin un piano portatif et acoustique. Le piano était déjà mon instrument principal depuis longtemps, et pour moi l’accordéon devenait un instrument facile à apporter à des soirées d’improvisation, des ‘jams’.

Mais là je ne m’attendais jamais à ce qu’un instrument m’enchante autant. Dans ma vie j’ai touché à d’autres instruments, mais le piano demeurait mon instrument de prédilection. Et alors, avec une dimension de souffle qui résonnait contre mon corps, du coup j’étais envoûté ! Sous peu je mettais autant de temps de découverte et de pratique sur l’accordéon que sur le piano. J’ai officiellement adopté un deuxième instrument principal.

Jesse Mea

Mon médium de création musicale est le jazz et la musique du monde. Chez les disquaires, maintenant je cherchais des références dans ces styles musicaux pour l’accordéon. Pas évident. D’abord je trouvais des disques du grand Astor Piazolla. Et dans les grandes villes, et surtout lors de mes tournées en France, j’en découvrais davantage : Richard Galliano, Daniel Mille, et les accordéonistes évoluant avec le contrebassiste Renaud Garcia-Fons : Jean-Louis Matinier et David Venitucci. À partir de là, les découvertes et ma collection n’ont cessé de s’agrandir.

Il reste que sur l’accordéon je suis autodidacte. J’ai essayé d’émuler mes références. Mais que l’accordéon est compliqué ! Le fameux côté gauche de l’instrument est un système unique, combinant touches de notes basses et touches qui jouent différents types d’accords. Et en plus c’est ce côté qui gère le soufflet. L’instrument offre la richesse de jouer une mélodie, ainsi de s’accompagner en même temps. Mais tous ces éléments partagent un seul souffle – tout un défi lorsqu’on cherche à faire ressortir une mélodie et phraser ses émotions.

Je désirais tant de me faire ‘coacher’ sur cet instrument. En tournée j’ai fait l’heureuse rencontre de Norbert Pignol, un accordéoniste diatonique français. Nous avons eu la chance de se croiser à quelques reprises. Il est devenu un bon ami, et sera toujours un mentor pour moi. Mais quoiqu’il y ait des similarités techniques entre l’accordéon diatonique et le chromatique, le type que je joue, il existe quand même bien des différences au niveau du jeu et de l’équilibre. En découvrant Jelena Milojevic lors de sa tournée Jeunesses Musicales en atlantique, je me suis payé mon premier cours d’accordéon. Pendant deux heures Jelena a analysé mon jeu et m’a fait découvrir plein de choses, la grande plupart requérant des révisions majeures de ma technique. Et là j’ai réalisé que j’avais tant à apprendre pour mieux jouer mon instrument.

La résidence, ou découverte 2

Voilà qu’en 2014 j’ai découvert sur le web une école en France, le CNIMA Jacques-Mornet, que pour l’accordéon. Une école réputée internationalement où évoluait des accordéonistes de tous genres et calibres. Pour cadrer leur philosophie unique de pédagogie, leur curriculum offrait cinq cours d’instrument un à un, avec quatre profs différents, par semaine ! En plus l’enseignement est taillé sur mesure selon le niveau et les besoins de l’étudiant. Rien de mieux pour un temps d’apprentissage très efficace. Enfin, quand j’ai découvert un accordéoniste jazzman français sur le web qui, en entretien a cité son temps au CNIMA comme un point tournant pour lui, j’étais conquis.

À partir de ce moment-là, j’ai commencé à échanger avec le CNIMA. J’ai proposé de composer et arranger des pièces pour leurs étudiants. Un projet qui m’apprendrait à écrire correctement pour accordéon, exploiter ses effets et sonorités diverses, ainsi qu’explorer la combinaison sonore qu’offre un ensemble d’accordéons. L’école a accepté ma proposition, et nous avons établi les lignes directrices d’une résidence claire et précise. Mais LE grand coup d’envoi de ce projet, ça a été l’aide financière d’artsnb. J’ai appliqué pour deux demandes de subvention dans le volet de développement professionnel : une pour une résidence catégorie B, et une autre pour des études à temps partiel. Mes deux demandes ont été acceptées.

Alors voilà qu’en janvier 2015, pour une période de quatre mois, mon expérience a débuté. Destination : le CNIMA Jacques-Mornet à Saint-Sauves d’Auvergne, France. Un endroit campagnard, bien en pente, à 1000 mètres d’altitude au cœur du parc naturel régional des volcans d’Auvergne. Un endroit magnifique pour marcher en plein-air si un jour vous y rendez ! Au CNIMA, tout se passe dans un seul édifice. C’est là où on réside, mange et assiste aux cours. Une vraie immersion puisqu’on échange non seulement avec une équipe de professeurs, mais avec une trentaine d’étudiants-accordéonistes. Ma résidence s’intitulait le Souffle de l’Acadie, et consistait de monter un concert de pièces acadiennes en faisant participer des étudiants et des professeurs de l’école. Le concert avait comme but d’éclairer sur le peuple acadien – un peuple encore méconnu à l’étranger, je crois surtout au fait que c’est un peuple à géographie non-fixe. Incroyable comment certaines choses sont plus facilement définissables par des frontières…. Pour le concert j’ai écrit des arrangements de pièces d’Angèle Arsenault, Zachary Richard et de pièces traditionnelles. Et j’ai aussi présenté des compositions personnelles inspirées durant la résidence. Toutes les pièces ont été écrites durant mon séjour là-bas.

Mes quatre mois là-bas ont été bien remplis, avec comme première phase la découverte de mon environnement : rythme des cours pour m’intégrer et mieux connaître les professeurs et étudiants. Au bout de deux semaines j’ai commencé à visualiser le concert, pondre des collaborations et savoir qui et quoi viser avec mes arrangements. Ce qui a parti la deuxième phase, l’écriture, que j’intégrais avec un horaire partiel de cours. La troisième phase, environ un mois et demi plus tard, a été celle où les pièces ont été majoritairement complétées, et que les étudiants et profs participants montaient ces pièces pour le concert. Que j’ai eu un plaisir à écrire toutes ces pièces pour des accordéons en solo, duo, quatuor, même en octuor ! Il y a eu des beaux défis. Une des consignes que j’ai eue de l’école a été d’intégrer des étudiants de tous les niveaux, même les débutants. L’octuor fût écrit pour eux ; chaque partition individuelle était plus facile, mais le tout était de toute beauté. C’était comme une section de cordes.

Enfin la résidence a terminé avec le concert, qui a eu lieu à la salle de la mairie du Mont-Dore le 16 avril 2015. Une journée magique où tous mettaient la main dans la pâte, le sourire aux lèvres. Une soirée où il y eut un beau partage avec le public, tant de la scène qu’après le concert avec de vives discussions. Un super moment qui a condensé un petit quatre mois. Mais quel beau séjour ! La chance de m’immerger, m’inspirer et apprendre dans un milieu dynamique. En plus, comment ne pas vouloir débuter ses journées quand le soleil me réveillait chaudement en perçant le seuil des volcans entre 6h30 et 7h ?!

Aujourd’hui

Aujourd’hui, je retiens beaucoup de mon passage au CNIMA Jacques-Mornet. La résidence m’a permis de merveilleux échanges. J’ai appris à mieux écrire pour l’accordéon en l’explorant davantage, tant au niveau jeu que possibilités de combinaisons sonores. Et mes cours m’ont permis de casser mes mauvaises habitudes techniques pour mieux les rebâtir. Depuis mon retour, à travailler par moi-même, je réalise que je progresse toujours. Les outils appris là-bas sont restés avec moi. La conséquence de ceci est que je peux tant mieux m’exprimer à l’accordéon. Ce que j’entends dans ma tête, je réussis à mieux le sortir. Et alors je m’exprime. J’écris plus que jamais pour l’accordéon. Je me nourris d’échanges musicaux, présentement avec Roland Bourgeois et autres, comme véhicules de mon écriture. Et la roue continue de tourner. artsnb m’aide présentement avec une subvention de création. J’élargis mon réseau en participant à des évènements d’envergure : le Carrefour Mondial de l’Accordéon de Montmagny en septembre dernier, le Victoria International Accordion Festival cet été (avec l’aide d’une subvention de voyage du Conseil des Arts du Canada), et d’autres à venir.

Je tiens à remercier sincèrement le CNIMA Jacques-Mornet, et particulièrement artsnb : les artistes ont besoin de vous. Et artistes, artsnb a autant besoin de nous ! Restons actifs avec nos projets, poussons-nous et prenons le temps de contacter les associations artistiques pour comprendre de quelles façons elles peuvent nous soutenir.

Pianiste, claviériste et accordéoniste, Jesse foule les scènes du Canada, de la France, la Belgique et la Suisse. En plus de ses projets personnels de création à l’accordéon, Il accompagne plusieurs artistes surtout francophones. Amant de rencontres musicales et de travail d’équipe, il aime voyager, partager, découvrir, et rire. En dehors de la scène, il applique sagement sa sensibilité musicale à la création et la réalisation des projets musicaux d’autres artistes. Il a une prédilection pour le souffle de l’accordéon, poussé à sortir cet instrument de ses stéréotypes.

Vous pouvez suivre le travail de Jesse sur sa chaîne YouTube.