Le Conseil des arts du Nouveau-Brunswick est un organisme de financement des arts indépendant dont le mandat est prévu par la loi pour faciliter et promouvoir la création d’œuvres d’art et l’administration de programmes de financement pour les artistes professionnel.les de la province.
La nature porte plusieurs visages, mais mes sujets ne montrent pas leurs émotions. D’une part, j’imagine leurs mots, leurs chants, leurs prières et je les transcris en idées humaines. D’autre part, je vois clairement leur énergie. Toute chose vivante et non-vivante retient son continuum d’énergie, même après la mort. Je brode leurs formes et leurs couleurs pour laisser leur énergie émaner de la toile.
Je m’appelle Tomoko Charron et je travaille en broderie et en peinture. Je couds à la machine à l’aide d’une technique de broderie en piqué libre. J’utilise un stabilisateur soluble à l’eau que je rince après le piquage pour ne laisser que la broderie. Je couds les pièces à la main sur une toile peinte, en pensant à l’équilibre et à l’énergie.
En 2024, j’ai reçu d’artsnb une subvention du programme d’Infrastructure artistique et presque en même temps j’ai aussi bénéficié d’une subvention d’Artiste en résidence afin de travailler au Centre des arts et de la culture de Dieppe (CACD). À l’époque, j’utilisais ma machine à coudre domestique normale; la subvention aux infrastructures m’a permis une mise à niveau en me procurant deux nouvelles machines à coudre. L’une d’entre elles est de calibre industriel et cela a changé la donne tant pour la vitesse d’exécution et que pour la qualité de mon travail.
Les projets financés consistaient à réaliser la série « Wellside Meeting » – trois œuvres pour la subvention aux infrastructures plus un triptyque pour la subvention de résidence – dans un délai de six mois. Cette quantité de travail aurait été impossible à accomplir en l’absence de ces deux nouvelles machines. La résidence m’a permis de me concentrer entièrement sur mon projet pendant trois mois dans l’atelier qui m’était réservé au CACD. L’optimisation de mon équipement et de mon environnement a énormément amélioré la qualité de mon travail. Wellside Meeting s’inspire de l’attroupement de plantes autour de sources montagnardes. Elles semblaient s’être rassemblées autour d’un puits pour jaser. Tous les êtres vivants viennent vers l’eau. Je voulais broder non seulement les plantes mais aussi l’eau vive.
Le gros défi c’était de représenter l’eau en broderie. J’aime broder des formes épaisses et solides, ce qui fait que ma première broderie de l’eau ressemblait à un tas de mousse… Il lui fallait plus de fluidité. J’ai brodé en moins de couches et réalisé des pièces plus légères qui pourraient bouger comme de l’eau une fois placées sur la toile. Cela m’a pris beaucoup plus de temps que je prévoyais, et j’ai fini par passer de nombreuses heures dans l’atelier, y compris les fins de semaine. En tant que maman d’un enfant en bas âge, je n’aurais jamais pu y arriver sans le soutien de mon mari.
La résidence au CACD a aussi été l’occasion de ma première apparition en public comme artiste visuelle. J’ai participé à trois portes ouvertes dans mon atelier de résidence et exposé mes œuvres à la fin de la résidence. Les gens sont venus observer mon travail en cours dans l’atelier et les œuvres terminées à l’exposition. Cette expérience m’a aidé à asseoir ma carrière comme artiste visuelle. Après avoir terminé tous ces projets et que toute l’excitation soit un peu retombée, je me suis retrouvée sans savoir quelle serait la prochaine étape de ma carrière d’artiste. J’ai rejoint Paul-Édouard Bourque, qui était gentiment venu au vernissage de mon expo, afin qu’il soit mon mentor et j’ai reçu une subvention d’artsnb en Développement de carrière pour le Développement professionnel.
Il existe plusieurs façons de vivre comme artiste et chacun.e suit une discipline différente. Ce mentorat était juste ce qu’il me fallait et cela a élargi ma vision de ma prochaine étape. Mon travail artistique est issu de mon expérience de vie, de ma pratique autodidacte et de ma recherche. J’en avais appris un bout en tant qu’artiste de cirque à mon propre compte, mais le monde des arts visuels est différent.
Je travaillais de façon autonome et je me demandais souvent si j’avais la bonne approche. Avec les conseils de Paul-Édouard, j’ai pu confirmer plusieurs de mes conclusions instinctives et mes décisions, ce qui a renforcé ma confiance en moi et le sentiment d’avoir un but. À l’heure actuelle j’explore des techniques pour améliorer le dégradé que j’obtiens avec des fils tout en augmentant ma vitesse de réalisation d’œuvres à grand échelle. Les œuvres surdimensionnées peuvent être intimidantes pour une artiste spécialisée en broderie. Je viens d’entamer ce parcours et je suis reconnaissante de m’être rendue jusque-là. Il peut être difficile pour une personne immigrante de se créer une nouvelle vie dans un nouveau pays. Le fait que mon identité soit reconnue et que j’ai obtenu du soutien a été une énorme source de motivation pour moi. Je voudrais dire grand merci à artsnb pour avoir soutenu ma croissance comme artiste.
En tant qu’entité provinciale, le Conseil des arts du Nouveau-Brunswick reconnaît qu’il effectue son travail sur le territoire traditionnel non cédé des peuples Wolastoqiyik, Mi’kmaq et Peskotomuhkati. Lisez la déclaration en entier ici.