L’artiste en céramique Darren Emenau explore la synthèse entre organique et artificiel 

J’ai la chance d’habiter dans le secteur ouest de Saint-Jean, où je vis avec mon épouse Nora, notre fille Lucy âgée de 13 ans et nos deux compagnons à quatre pattes : Arlo, notre labrador d’un an et John, notre chat. Nora et moi venons tous les deux d’un milieu créatif. L’art, le design et l’artisanat ont toujours fait partie de notre vie familiale. Lucy semble avoir hérité de cette même créativité et passe généralement son temps à fabriquer, construire ou démonter des objets. Le fait de vivre près de l’océan, de la rivière et des forêts a beaucoup influencé mon travail au fil des ans, et je pense sincèrement que le Nouveau‑Brunswick est l’un des meilleurs endroits où il fait bon vivre et créer.  

Lorsque je ne suis pas dans mon atelier de poterie, j’ai généralement une douzaine d’autres projets en cours, tels que des rénovations, la remise à neuf de caravanes vintage et de bateaux en bois, la sculpture de cuillères en bois et toute autre activité qui me permet de travailler avec mes mains. J’adore la randonnée, la navigation de plaisance, le camping, la voile, le vélo et le ski. En autres mots, tout ce qui me permet de profiter du plein air et des saisons.  

Darren et son chien Arlo

J’ai obtenu mon diplôme au New Brunswick College of Craft and Design (NBCCD) en 1997, puis j’y suis resté encore trois ans en tant que technicien et enseignant. Aujourd’hui, je me rends compte que cette expérience a été extrêmement importante pour ma créativité. Au départ, j’avais suivi une formation de potier fonctionnel pour fabriquer des bols, des tasses et des pièces de série, mais je savais déjà que je voulais évoluer et explorer davantage. J’avais besoin de temps pour prendre des risques, faire des erreurs et découvrir où mon travail pouvait me mener en dehors d’une vision de production. Au fil des ans, j’ai participé à divers ateliers de céramique, qui se sont avérés extrêmement utiles dans ma façon de créer. 

Pendant mes études au NBCCD, j’ai également obtenu mon baccalauréat en biologie à l’Université du Nouveau-Brunswick et à l’Université Concordia, ce qui explique sans doute pourquoi la nature ne cesse de s’inviter dans toutes mes créations. Ma formation scientifique m’a également été utile de manière inattendue, notamment en ce qui concerne la chimie des émaux et l’expérimentation des matériaux. 

Depuis, mon travail a évolué grâce à l’expérimentation de matériaux locaux, de méthodes de cuisson, de textures et de techniques de fabrication. Une grande partie de mon inspiration me ramène encore au Nouveau-Brunswick : le littoral, les forêts couvertes de mousse, les rochers, le brouillard, le climat et toutes les textures qui existent naturellement ici. Au fil du temps, mon travail s’est progressivement éloigné de la poterie fonctionnelle traditionnelle pour m’orienter vers des formes sculpturales plus abstraites, même si l’on y retrouve encore des traces de vases et de récipients. 

Depuis quelque temps, je m’intéresse tout particulièrement à la relation entre les systèmes naturels et la technologie, ce qui est à l’origine de ma série actuelle, intitulée « Regenerative ». Cette série explore la manière dont les mondes organiques et synthétiques se fusionnent. Certaines pièces évoquent le monde biologique ou géologique, tandis que d’autres misent sur des surfaces métalliques, des couleurs artificielles, des textures veloutées et des finitions réfléchissantes qui donnent une impression futuriste ou industrielle. Je suis fasciné par la tension qui existe entre ces deux mondes et par la façon dont ils peuvent coexister au sein d’un même objet. 

Regenerative 19d
Regenerative 01
Regenerative 02

J’ai reçu la  subvention à la Création d’artsnb pour « Regenerative » en décembre 2025, ce qui m’a permis d’explorer de nouvelles possibilités en jouant avec les couleurs, les textures, les surfaces métalliques et les matériaux superposés. Mon travail est devenu plus ambitieux et plus exploratoire que tout ce que j’avais réalisé auparavant. Certaines sculptures se présentent sous forme d’œuvres individuelles, tandis que d’autres constituent des installations modulaires ou des paires d’œuvres qui interagissent entre elles. 

Une grande partie de ce processus a consisté à explorer les relations entre les couleurs, en m’inspirant d’artistes tels que Mark Rothko et Josef Albers. J’ai observé comment les couleurs évoluent en fonction de ce qui les entoure, comment les surfaces mates absorbent la lumière alors que les finitions métalliques la reflètent, et comment la texture modifie complètement la perception émotionnelle de la couleur. J’ai associé la porcelaine à l’acrylique, aux fibres naturelles, au flocage, à la feuille d’or et d’argent, aux finitions industrielles et aux glaçures superposées. Par moments, les surfaces semblent presque vivantes, ou comme si elles étaient encore en train de se transformer. 

Darren dans son studio

En toute honnêteté, ce projet a été en grande partie un échec, tant sur le plan technique que créatif. Certaines expériences ont parfaitement fonctionné, tandis que d’autres se sont révélées être un véritable désastre. J’ai abîmé des surfaces en appliquant des matériaux trop tôt, j’ai trop travaillé certaines pièces jusqu’à ce qu’elles perdent toute leur énergie, et j’ai passé des semaines à essayer de sauver des œuvres qu’il aurait sans doute mieux valu abandonner plus tôt. L’une des choses les plus difficiles a simplement été de savoir quand m’arrêter, mais c’est souvent dans cette phase inconfortable que naissent les plus belles découvertes. 

À ce jour, j’ai créé plus de 140 œuvres dans le cadre de « Regenerative », et une exposition solo est prévue à ArtsPlace, à Annapolis Royal, en décembre 2026. Même après toutes ces années, j’ai toujours l’impression d’être en train de chercher ma voie, et honnêtement, c’est ce qui rend cette expérience si amusante. 

Les matériaux sont source de surprises si on leur en donne la chance.

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